Decreto Flussi : arnaque à 10 000 € contre des Marocains

Imaginez : vous réunissez 100 000 dirhams, l’équivalent de plusieurs années d’économies, pour un contrat de travail en Italie. On vous remet des documents d’entrée qui paraissent en règle. Vous atterrissez en Toscane, et l’employeur n’existe pas. C’est ce que dénonce une enquête menée à Grosseto, qui vient de conduire à l’incarcération provisoire d’un couple.

L’essentiel en bref

  • Qui : un entrepreneur italien de 64 ans et son épouse de 49 ans, d’origine marocaine, placés en détention provisoire.
  • De quoi sont-ils soupçonnés : favoriser l’immigration clandestine de façon aggravée, en détournant le « Decreto Flussi », le dispositif légal italien de recrutement de travailleurs étrangers par quotas.
  • Combien : jusqu’à 10 000 € par candidat, soit environ 100 000 dirhams.
  • Ampleur : 31 entrées illégales et 22 visas irréguliers attribués au système par les enquêteurs.
  • Origine : des plaintes déposées dès 2024, enquête menée conjointement par la Guardia di Finanza et les carabinieri.

Ces personnes sont soupçonnées et non condamnées. Elles bénéficient de la présomption d’innocence.

Le Decreto Flussi, c’est quoi exactement ?

C’est le texte par lequel l’Italie fixe chaque année combien de travailleurs non européens peuvent entrer légalement pour un emploi. Depuis 2023, la planification est triennale. Pour 2026-2028, le gouvernement a autorisé 497 550 entrées, dont 164 850 en 2026, réparties entre emplois saisonniers et non saisonniers.

Le principe est simple : c’est l’employeur établi en Italie qui dépose la demande, en ligne, sur le portail ALI du ministère de l’Intérieur, lors de journées dites « click days », pour un poste précis. Si le dossier passe, un permis d’entrée (nulla osta) puis un visa sont délivrés. Les places partent vite, ce qui crée une forte demande et, hélas, un terrain favorable aux intermédiaires peu scrupuleux.

Comment l’arnaque aurait fonctionné

Selon le quotidien Il Tirreno, le schéma se déroulait en quatre temps.

  1. Le recrutement au Maroc. Les candidats versaient 100 000 dirhams contre une promesse d’embauche, les papiers d’entrée et, à terme, un titre de séjour de longue durée.
  2. L’arrivée en Italie. Les emplois dans les entreprises liées aux suspects auraient été fictifs. Les travailleurs se retrouvaient sans revenus.
  3. Le logement. Ils étaient hébergés dans des logements fournis par le même réseau, pour environ 250 € par mois et par personne.
  4. La mise sous pression. À l’approche de l’expiration du titre de séjour, jusqu’à 1 000 € supplémentaires auraient été demandés pour de fausses fiches de paie. Pour payer, certains auraient accepté de petits travaux non déclarés.

Prenons un exemple chiffré. Un candidat qui paie 10 000 €, loue sa place 250 € par mois pendant un an (3 000 €) et achète des fiches de paie à 1 000 € aurait déboursé environ 14 000 € pour un emploi qui n’existait pas. C’est dix fois le salaire mensuel de nombreux emplois ouvriers.

Une « comptabilité parallèle » et des contrats fantômes

Les enquêteurs disent avoir saisi des agendas, des tableaux et des notes manuscrites listant noms, acomptes et soldes, en euros et en monnaie marocaine. Des contrats de fourniture de main-d’œuvre figuraient aussi sur les supports informatiques, dont un d’environ 500 000 €, conclu avec une société créée peu avant par l’épouse.

Selon l’enquête, ces contrats seraient faux : les entreprises clientes, quand elles existaient, ignoraient tout du dossier, avaient cessé leur activité, étaient en faillite, ou étaient même enregistrées au nom de personnes décédées depuis des années.

Pourquoi le juge a ordonné la détention

Le juge de Grosseto invoque un risque de récidive, un risque d’altération des preuves et des pressions qui auraient été exercées sur des témoins potentiels. Il relève aussi la « spavalderia » (l’arrogance) avec laquelle les suspects commentaient l’enquête, persuadés de rester impunis.

Comment ne pas tomber dans le piège

Cette affaire est un cas d’école. Voici quelques réflexes de bon sens :

  • Méfiez-vous des sommes demandées d’avance pour « garantir » un emploi, un visa ou un séjour. Un recrutement légitime par quotas part d’une demande de l’employeur, pas d’un paiement du candidat à un intermédiaire.
  • Vérifiez l’employeur : existence de l’entreprise, adresse, registre du commerce. Dans cette affaire, certaines sociétés citées étaient fictives ou radiées.
  • Exigez un contrat clair et gardez des copies de tous les documents.
  • Refusez les fausses fiches de paie, même sous pression : elles aggravent votre situation au lieu de la protéger.
  • Consultez les sources officielles (ministère italien de l’Intérieur, ambassade ou consulat d’Italie) avant de verser quoi que ce soit.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Ce dossier pose une question qui dépasse la Toscane : quand les voies légales sont étroites, limitées par des quotas et rationnées par des « click days », ne fabrique-t-on pas soi-même le marché des faux espoirs ? Faut-il durcir les contrôles sur les employeurs et les intermédiaires, simplifier l’accès légal, ou les deux ? Donnez votre avis en commentaire.

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